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Cadre et mesure

Avant de tracer le moindre graphique, un tableau de bord a besoin de trois choses : un cadre capable d’accueillir des régions de poids inégal, une forme qui fait répondre chaque nombre à plus d’une question, et un moyen de distinguer le fait nouveau du bruit.

D’après les travaux de
Portrait de Josef Müller-BrockmannPortrait de Massimo VignelliPortrait de Stephen FewPortrait de Edward TuftePortrait de Walter Shewhart

Gerstner, Müller-Brockmann, Vignelli, Few, Tufte, Hollifield, Brinton, Shewhart et Wheeler

1Règle 1 sur 12

Partir d’une grille qui se divise

D’après
Portrait de Josef Müller-BrockmannPortrait de Massimo VignelliPortrait de Stephen Few

Gerstner, Müller-Brockmann, Vignelli, Few

Karl Gerstner a dessiné en 1962 la grille de mise en page du magazine économique allemand Capital, et l’a publiée deux ans plus tard dans Designing Programmes. La page mesure 58 unités de large et les gouttières 2 unités. Ces deux nombres permettent à une même page de porter une, deux, trois, quatre, cinq ou six colonnes, chacune large d’un nombre entier d’unités. La raison tient à leur somme. La largeur plus une gouttière fait 60, et 60 se divise par chaque nombre de un à six.

La règle se transpose telle quelle en pixels, et cette page est composée sur elle. À pleine largeur, son programme compte douze colonnes de 64 px avec des gouttières de 32 px, soit 1 120 px en tout. Avec une gouttière de plus, la somme est de 1 152, qui se divise par deux, trois, quatre, six, huit et douze. Le texte courant occupe sept colonnes et les notes en regard les quatre dernières. Les listes occupent quatre colonnes chacune, si bien que leur troisième colonne tombe exactement sous les notes, et chaque figure occupe les douze.

À l’intérieur, chaque figure s’en tient au même programme. Ses régions couvrent des colonnes entières : quatre pour les commandes et huit pour le graphique, ou six et six. Quatre colonnes font 352 px et huit en font 736, si bien qu’avec une gouttière entre elles on retrouve 1 120. Sur un écran étroit, les régions s’empilent, les commandes en haut.

Il importe qu’une grille se divise de bien des façons, parce que les régions d’un tableau de bord ne doivent pas être égales. Stephen Few range la grille symétrique rigide parmi les erreurs courantes de conception des tableaux de bord. Quand chaque panneau a la même taille, la mise en page affirme que chaque panneau a la même importance. Un programme de largeurs compatibles permet une région large pour l’information principale et des régions étroites pour le reste, sans qu’aucun bord ne sorte de la grille.

Les graphistes qui ont enseigné la grille ne l’ont jamais traitée comme une formule. Josef Müller-Brockmann, dont Grid Systems in Graphic Design, paru en 1981, est le manuel le plus connu de la méthode, la qualifiait d’aide et non de garantie. The Typographic Grid de Hans Rudolf Bosshard montre environ deux douzaines de ses propres travaux avec les grilles qui les sous-tendent, et aucune recette unique. L’Unigrid de Massimo Vignelli, conçu en 1977 pour le National Park Service des États-Unis, est la même idée devenue système de production : une seule structure de feuille et un seul jeu de règles derrière les brochures de plus de quatre cents parcs.

Le programme, en pixels. Un nombre de colonnes donne des pixels entiers exactement quand il divise la largeur plus une gouttière. Faites glisser la largeur, puis pointez une ligne pour voir quels autres nombres de colonnes partagent ses bords.

Dans nos tableaux de bord : Modèle de liaisons et de tarifs, note 4 → chapitre 7

La règle en une ligne

Choisissez une largeur dont la somme avec une gouttière se divise par chaque nombre de colonnes dont vous avez besoin, puis rendez les régions inégales à dessein.

Essayez

Réglez la largeur sur 1 176 px avec des gouttières de 24 px. Quels nombres de colonnes gagnent des pixels entiers, lequel les perd, et pourquoi ?

2Règle 2 sur 12

Donner un instrument à chaque nombre

D’après
Portrait de Stephen FewPortrait de Edward Tufte

Few, Tufte, Hollifield, Brinton

Un nombre sur une carte répond à une seule question : combien. Le lecteur qui doit agir à partir de ce nombre a besoin de quatre autres réponses d’un même coup d’œil : de quoi, sur quelle échelle, comparé à quoi, et de combien il s’en écarte. Le graphique à puces (bullet graph) de Stephen Few, spécifié en 2006, fait tenir ces réponses dans une seule petite marque : une barre pour la mesure, un repère pour le comparateur et une échelle derrière les deux. La sparkline d’Edward Tufte va plus loin encore dans la petitesse. C’est un graphique de la taille d’un mot qui place une valeur à côté de son historique récent et, dans ses exemples médicaux, à côté d’une bande grise pour la plage normale.

Les salles de contrôle sont parvenues à une forme semblable pour une autre raison. Les recommandations destinées aux opérateurs de l’industrie de procédés demandent des écrans gris, des indicateurs analogiques dont la plage normale est marquée, et une couleur saturée réservée aux états anormaux, pour qu’un écart soit la seule chose qui ressorte. L’instrument de la figure ci-dessous emprunte cette retenue. Il montre une grande valeur avec son unité, une barre dessinée à l’échelle, un repère à l’encre là où un comparateur existe, et l’écart en chiffres à côté du nom de ce à quoi la valeur est comparée.

Le graphique à puces a des détracteurs qui méritent d’être entendus. Nick Desbarats formule onze objections, parmi lesquelles le fait que les problèmes ne ressortent pas et que des mots comme bon, satisfaisant et médiocre ne veulent pas dire la même chose pour tout le monde. L’instrument ci-dessous laisse donc de côté les bandes qualitatives. Là où aucun comparateur n’existe, une partie d’un tout peut en tenir lieu : les commandes expédiées sur les commandes reçues, ou l’argent dépensé sur un budget. La revue hebdomadaire d’activité d’Amazon, telle que la décrit Cedric Chin d’après la pratique de Colin Bryar, garde une même forme pour des centaines de mesures. La plupart des graphiques tracent les six dernières semaines à côté des douze derniers mois, si bien que la forme ne s’apprend qu’une fois.

Ce à quoi répond chaque partie d’un instrument. Un nombre seul dit combien. Désactivez une partie pour voir quelle question reste sans réponse, et faites glisser la valeur pour voir l’écart la suivre.

Dans nos tableaux de bord : FDA Catalyst, note 1 → chapitre 7

La règle en une ligne

Donnez à chaque chiffre clé son unité, une échelle, un comparateur et l’écart, et laissez de côté les bandes que personne ne sait définir.

Essayez

Désactivez le comparateur. À quelles questions la carte ne peut-elle plus répondre, et que faudrait-il qu’un lecteur retienne à la place ?

3Règle 3 sur 12

Comparer à la variation ordinaire

D’après
Portrait de Walter Shewhart

Shewhart, Wheeler

Un chiffre hebdomadaire diffère toujours de celui de la semaine précédente, et la plupart de ces différences ne veulent rien dire. Understanding Variation de Donald Wheeler propose un test qui ne demande aucun modèle. Portez les valeurs individuelles sur un graphique, calculez la distance moyenne entre deux valeurs voisines, et tracez des limites à 2,66 fois cette étendue moyenne de part et d’autre de la moyenne. Un point à l’intérieur des limites relève de la variation ordinaire. Un point à l’extérieur est un signal qui mérite une explication.

C’est le comparateur vers lequel un instrument devrait évoluer dès qu’une mesure a un peu d’historique. D’ici là, une référence nommée, comme les quatre dernières semaines, est le choix le plus honnête, à condition que l’instrument en imprime le nom.

Signal ou routine. Douze semaines illustratives d’inscriptions. La moyenne et les limites viennent des onze premières semaines ; faites glisser la dernière semaine et voyez à partir de quand elle mérite une question.

Pas encore dans nos tableaux de bord ; le plus proche : Two kinds of scarcity, note 2 → chapitre 7

La règle en une ligne

Ne tenez un changement pour un fait nouveau que lorsqu’il sort des limites de la variation ordinaire, et dites quelle référence vous employez tant que vous ne les avez pas.

Essayez

Faites monter la dernière semaine jusqu’à ce qu’elle passe à l’encre. À quelle distance de la moyenne se trouve-t-elle, en étendues mobiles ?

Avant de poursuivre

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